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Au
cours de ces 45 ans, Hérouard a bien collaboré à quelques autres
journaux, tels que « Le
Sourire, Fantasio, La Baïonnette »,
mais c'est à peu près tout. Contrairement à la plupart de ses
confrères qui se sont répandus dans des publications multiples, il a dédaigné
d'aller frapper aux portes, ayant pris pour règle le conseil d'Anatole
France : « Soyez consciencieux ! »
Lorsqu'on
examine, en effet, les dessins d'Hérouard, on se rend compte de la
somme de recherches qu'ils représentent. Sous un dehors frivole, ces
dessins témoignent d'une documentation aussi rigoureuse que pour la
composition des tableaux. L'artiste a étudié le costume et ses
accessoires depuis les temps antiques jusqu'à nos jours. Il a suivi par
le menu les changements de la mode, de plus en plus précipités avec la
marche du temps. De telles connaissances le vouaient à stabiliser ses
connaissances dans le domaine de l'illustration. C'est d'ailleurs au
moment où il entrait à « La Vie Parisienne » qu'il commençait à
illustrer pour l’Édition Moderne – Librairie Ambert, dont il fut le
principal illustrateur. En effet, sur 47 volumes parus, il en a illustrés
19, soit près de la moitié ! Lorsqu’on sait que chaque volume
ne contient pas moins de 50 dessins (in-texte, hors-texte, culs-de-lampe
et couverture), on a un aperçu de la puissance de travail et de la
rapidité d’exécution d’Hérouard, sans perdre de vue qu’il
publiait parallèlement dans plusieurs magazines. De 1908 à 1915, il a
fourni à cet éditeur dans les 800 dessins pour les Contes de Boccace,
les Chroniques de 1'Œil de Bœuf, Manon Lescaut, les Confessions d'un
enfant du siècle, etc. Une telle production, sans que jamais la qualité
du dessin ne s’en ressente, est proprement hallucinante. Parmi les séries
des Éditions Modernes citées précédemment, la plus connue est sans
conteste celle des chroniques de 1'Œil de Bœuf, consacrée aux potins
et dessous croustillants de l’Histoire de France ; Hérouard y
fait revivre les frasques de la marquise de Pompadour, de la comtesse du
Barry, de Mademoiselle de la Valière, de Madame de Montespan, etc.
Toujours chez le même éditeur, il a illustré également de nombreux
ouvrages plus ou moins dans le même genre : ceux par exemple de
François de Nion, « Les Derniers Trianons », « Histoires
risquées des dames de Moncontour », « Bellefleur »…
mais aussi « Mon oncle Benjamin » de Claude Tillier,
« Manon Lescaut » de l’abbé Prévost, « Jeunes
filles d’autrefois » d’Ernest Daudet, « Cornes pour
cornes », « Grisélidis », « La fiancée du Roi »
et « Le jardin enchanté », extraits des Contes de Boccace.
En
1919, on assiste à ses tentatives de dégagement d'un canon
certainement fastidieux avec ses 63 compositions pour un Villon destiné
à Crès. Le texte de l'ouvrage en est « bellement écrit par Messire
Raymond de Rigné » avec lequel il collaborera les années suivantes à
l'illustration des œuvres de Christian le Télémite. En 1923, à
nouveau sous la direction artistique de Raymond de Rigné, il signera
les images, aussi étranges que médiévales, de deux albums en ombres
chinoises pouvant être coloriées, éditées par la Renaissance
Universelle : « La Romance du Troubadour » et « Rosalba
et autres contes », de James Jaquet.
Enfin,
il sera fait appel à ses pinceaux pour des textes plus importants. En
1932, Javal et Bourdeaux le prendront pour 1'Heptaméron
des nouvelles de la reine de Navarre et, en 1946, les Editions
Colbert le chargeront d'illustrer les Liaisons
Dangereuses.
Le
texte de l'Heptaméron, établi par Henri Clouzot, fut préfacé par
Maurice Donnay. Hérouard peignit pour ses quatre tomes 64 aquarelles
qui furent remarquablement reproduites en fac-similé.
Hérouard
est avant tout un merveilleux technicien du dessin à la plume. La
grande majorité de ses œuvres relève de ce difficile procédé,
qu’il manie avec une sûreté et une pureté de trait tout à fait
remarquables : un tracé unique, fin et précis, détermine les
courbes délicates d’un corps souvent dénudé ; l’ombrage en
hachures est réservé aux matières plus rudes des objets et des décors
sans que, pour autant, ce nu soit sans relief.
Si
vous avez des renseignements biographiques ou des oeuvres d'Hérouard à
me proposer ou à me faire connaître, vous pouvez me contacter à
l'adresse suivante : p.genaux@wanadoo.fr
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